Namur

Namur - province

Certaines villes, dès que le regard les saisit, se posent dans l’espace connue les silhouettes d’une architecture idéale. Il faut les observer de haut. Elles affirment une présence structurée, insolite toujours et cependant familière. Qu’on l’observe des hauteurs de la citadelle ou simplement en descendant la chaussée de Louvain, Namur s’offre au regard à l’instar de la cité fortifiée d’autrefois, objet tantôt d’admiration, tantôt de convoitise.

Le visiteur est alors comme ce couple et son enfant posant pour Gilles Neyts qui, en 1 663, peint la ville depuis les hauteurs de Bouge. A moins qu’il ne préfère le rôle de ce fier cavalier qui n’est autre que Louis XIV, paradant en 1 692, pour le peintre Martin, sur ces mêmes hauteurs, devant sa cour rassemblée, tandis qu’à l’arrière-plan les scènes de la vie champêtre ont fait place au campement bien ordonné de l’armée qui se prépare aux opérations de siège. Dans les deux cas, la ville, protégée par ses fossés et ses remparts, au pied de la citadelle, se décline au rythme, de ses architectures, comme une présence intemporelle lovée entre la terre et l’eau. Miroir de son histoire et de celle du monde occidental, Namur conserve sa mémoire pour y enraciner les projets d’avenir.

L’archéologie a repoussé le temps jusqu’au mésolithique. Aux premiers siècles de notre ère, l’habitat se développe au confluent ainsi que sur la rive gauche de la Sambre. Par la suite, Namur, ville de Sambre, s’étend dans un arc de quatre enceintes successives où se multiplient églises, couvents, casernes et édifices civils. Sur le plan politique, la période d’autonomie du comté de Namur, fondé au Xe siècle par Bérenger, est particulièrement fascinante. Elle a vu la constitution des corporations de métiers — comme les bouchers en 1274, les bateliers en 1328 ou les brasseurs en 1376 —, la naissance de la foire d’Herbatte, l’essor du commerce et de l’artisanat, dans un contexte parfois difficile. Pendant cinq siècles, les alliances politiques, les querelles intestines, les guerres, ont forgé le destin du comté, jusqu’à son essoufflement au XVe siècle, et son passage en 1429 sous la domination des ducs de Bourgogne. Avant cette date, quatre familles se sont succédé à la tête du comté : la Maison de Namur, celles de Ilainaut, de Courtenay et de Dampierre. Les Courtenay ont donné des empereurs à Constantinople, et les Dam- pierre une reine à la Suède et à la Norvège.

Après ht période bourguignonne, le comté devient successivement espagnol (1506), autrichien ( 1 7 1 5),français (1794), hollandais ( 181 8) et belge ( 1 830). L’histoire de l’Ancien Régime est mouvementée et complexe. La citadelle s’est transformée progressivement en un site stratégique de tout premier ordre, qui a fuit l’objet de plusieurs sièges. Parmi les personnages illustres venus prendre Namur, on peut relever Don Juan d’Autriche en 1577, qui meurt l’année suivante sur les hauteurs de Bouge. En 1 692, Louis XIV vient déployer sa puissance aux yeux de l’Europe entière. Il est accompagné de Vauban et de Racine. Le poète a revêtu les habits d’un historiographe officiel. Préfecture du département de Sambre- et-Meuse sous le régime français, Namur devient chef-lieu de province pour les Hollandais. Cette histoire complexe et foisonnante a façonné l’image d’une ville fortement enracinée au cœur des enjeux d’un Occident en construction.

Toute ville a sa respiration, ses trafics multiples, ses coins calmes, ses axes tendus. Elle s’organise en un écheveau de rues dont la simplicité n’est souvent qu’apparente, et sa rumeur peut se réduire en mots, en chants peut-être, en musique. Si Namur n’échappe pas à cette règle, l’atmosphère qui y règne aujourd’hui est tout imprégnée de la légèreté mosane qui touche le cœur et l’esprit de la plupart de ses habitants.

Une fois franchi ce qui fut autrefois la porte de Fer, la ville s’ouvre comme une gousse. Il faut descendre vers la place de l’Ange, la place du Marché-aux-Légumes, les rues anciennes du “vî Nameur”, sans craindre de lever les yeux au-dessus des vitrines des commerces. On pourra lire ainsi l’architecture XVIIIe siècle de bâtiments souvent étroits, blottis les uns contre les outres, certains arborant encore des enseignes en pierre, ultimes témoins d’une activité disparue, signes discrets de continuité et de vie. Dès l’entrée dans la rue de Fer, l’horizon est barré par la colline boisée de la citadelle et ses solides constructions. S’il n’est pas très étendu, et si, comme dans toute démarche amoureuse, il peut se laisser saisir d’un seul regard, le cœur de Namur demande cependant que l’on prenne la peine de s’y complaire avec, pourquoi pas, une certaine lenteur. La vie moderne s’est réservé un havre d’humanité entre les places du Marché-aux-Légumes et de l’Ange, tandis que flotte, dans l’atmosphère bleutée des jours d’été, comme l’ombre bienveillante des “fantômes des rues de Namur” qui ont pour noms Bovesse, Bosret ou Montellier. Namur égrène ainsi, sans avoir l’air d’y toucher, les épousailles de l’histoire et des lieux, discrètement distillées au gré des vieux quartiers et du goût de ceux qui leur donnent sens.

La rue des Brasseurs s’adosse à la Sambre qui vient se donner à la Meuse. Sur le chemin de halage qui la borde, le massif de la citadelle veille, tel un prince tutélaire, jaloux d’un site défendu par quelque dieu Nam descendu de l’empyrée des mythes fondateurs. Ce qui se forge ici, c’est la Wallonie. La Sambre colporte les Vul- cains de la Révolution industrielle. Elle fait don au fleuve des forces conjointes de l’homme et de la machine, des rêves de transformation de la matière et de création des formes en dépit de la résistance du fer et du roc. Il se produit alors comme une nouvelle alchimie, quand un sillage de vaguelettes vient clapoter sur les berges, en souvenir discret des chevaux de halage oubliés, des lavandières affairées et des. bourgeois endimanchés. Et tandis que la porte de Sambre-et- Meuse atteste à jamais la communion des eaux, la pointe du Grognon s’avance, comme la proue d’un gigantesque navire, arrimé là, dans l’exactitude des mondes pluriels qui l’habitent. La Meuse porte en elle le paifum des jardins et l’équilibre des châteaux, les mystères des nutons, l’épopée des quatre fils Aymon, le sourire de dames si belles, si fortes, que les légendes n’ont pas fini de les saluer. Qui pourra dire si la Sambre et la Meuse se mêlent réellement? Ne gardent-elles pas, l’une dans l’autre, leur vie propre, façonnant des paysages contrastés, tout au long d’un cheminement qui les conduit à la mer où l’une et l’autre entendront cette voix inconnue qui les guidera chacune vers son Amérique?

Tandis que les eaux poursuivent leur rêverie, au conf tient bat le cœur de la Wallonie. La citadelle a perdu ses soldats. L’exercice de la puissance guerrière s’est effacé devant le débat démocratique. Le Saint-Gilles abrite désormais le Parlement wallon. Les enjeux stratégiques ont fuit place il l’enjeu politique. Depuis le début de l’installation de la Région wallonne à Namur, la physionomie de la ville charnue rapidement. Des bâtiments sont rénovés, d’autres sont construits. La population s’accroît, des emplois sont créés, le commerce se développe, les manifestations culturelles, sportives et festives se multiplient.

Le patrimoine est devenu un enjeu culturel. Depuis sa création en 1845, la Société archéologique de Namur a multiplié les champs de fouilles à Namur et dans la province, ce qui lui a permis de rassembler les prestigieuses collections exposées à la Halle al’Chair. Ce travail est complété et amplifié. Le service des fouilles de la Région wallonne s’est installé à la citadelle, dans l’ancienne chapelle Saint-Pierre. L’exploration de nouveaux sites — le Grognon ou l’ancienne église Saint-Pierre-au-Château, par exemple — vient régulièrement enrichir des collections patiemment répertoriées, analysées et mises en valeur. Les connaissances historiques sont ainsi renouvelées; des expositions temporaires assorties d’actions pédagogiques s’attachent à les mettre en valeur. Ce mouvement trouve dans le contexte local une émulation de choix. Si Namur se distingue par la qualité de ses musées, la multiplication d’expositions thématiques permet d’aborder les arts et artisanats sous toutes leurs formes, et à travers toutes les périodes. Le musée Rops et le musée des Arts anciens du Namurois sont deux excellents exemples de ce travail de recherche et de divulgation pour le grand public. Créée en 1964, la maison de la culture, quant à elle, s’attache essentiellement à présenter les formes multiples de l’art contemporain.

Parmi les événements mobilisateurs de la dernière décennie, on ne peut passer sous silence la vaste opération de “défi culturel” menée par la province de Namur en 19S9. Elle a suscité une prise de conscience de la diversité et de la qualité de l’expression et de l’animation culturelles dans la province. A l’approche du XXIe siècle, le renouveau se fait sentir dans tous les aspects de la vie culturelle namuroise. Plusieurs musées font l’objet d’agrandissements, et des projets ambitieux se dessinent, qui doteront Namur des infrastructures dignes d’une capitale régionale. Le Centre de chant choral et le Centre international de musique chorale sont très actifs. L’été, le festival de Namur fête la musique, et particulièrement la musique chorale. Chaque année, le festival international du film francophone propose une programmation de qualité qui permet d’apprécier la vitalité d’un cinéma venu de tous les horizons de la francophonie.

Plusieurs lieux de spectacles, dont certains très intimes, se mettent au diapason d’une création en pleine effervescence. Aucun genre n’est négligé. Tous les publics sont invités à participer en fonction des exigences qui leur sont propres. C’est ainsi qu’un travail de fond est réalisé dans les quartiers, avec la participation des associations, sous la coordination du Centre culturel régional à qui la ville a confié la gestion de son plus beau fleuron, le Théâtre royal. Après avoir été rénové en profondeur, celui-ci a rouvert ses portes en 1998. Doté des outils techniques les plus performants, bénéficiant d’une bonne acoustique, ce somptueux théâtre à l’italienne met ses installations au service tant de la création que de l’accueil, dans les divers registres de la musique et des arts de la scène. La maison de la poésie organise colloques, rencontres, cabarets et publie Sources, une des revues de poésie les plus riches du domaine francophone. Son objectif est de satisfaire les amateurs les plus exigeants, tout en sensibilisant le grand public.

Depuis 1 996, le festival des arts forains, Namur en Mai, investit les quartiers anciens de la ville avec ses bonimenteurs, ses “entresorts”, ses podiums, ses chapiteaux, mettant la qualité des prestations artistiques au service d’une fête populaire mêlant plaisir, émotion et goût de la découverte. La musique jeune est mise à l’honneur, particulièrement par Verdur’Rock qui en constitue, à la fin juin, le rendez-vous annuel majeur. Les fêtes de Wallonie constituent sons doute lu plus connue des manifestations traditionnelles. Créées en 1223 par François Bovesse dans le but d’affirmer l’identité wallonne tout en garantissant un esprit d’ouverture et de tolérance, elles sont aujourd’hui l’occasion de linéiques journées d’une immense liesse populaire où, entre “pèkèt”, bières et “avisances”, règne un joyeux climat de détente où chacun trouvera ce qui l’intéresse parmi un ensemble de prestations musicales, de spectacles de rues, d’activités liées au folklore, d’expositions, d’éventaires les plus divers pour tous les prix et pour tous les goûts. Sans doute percevra-t-on à travers les activités qui ponctuent l’année namuroise, et particulièrement Namur en Mai et les fêtes de Wallonie, quelques accents venus des fêtes du Moyen Age, lorsque la foire commerciale d’Herbatte drainait une population haute en couleurs cherchant dans les grands rassemblements la convivialité et les échanges. On n’en finirait pas d’énumérer les manifestations de tous styles qui rendent Namur si vivante et si attractive. Par exemple, le phénomène des brocantes s’est démultiplié au cours de la dernière décennie. Celle de Temploux, la plus connue, s’étale sur plus de six kilomètres. En matière sportive, le moto-cross de la citadelle, épreuve du championnat du monde, le rallye automobile de Wallonie, le jogging de Namur ou encore le grand prix cycliste de Wallonie constituent autant de temps forts qui touchent, à la bonne saison, un public bien au delà des limites namuroises.

Ville d’ancienne urbanisation, Namur est aussi une ville verte, que l’on songe au parc île l.a Liante, au parc Louise-Marie, aux jardins de l’hôtel de Croix ou encore au domaine du Champeau, à la citadelle. De nombreux arbres remarquables émaillent un territoire de 17 340 ha, issu de la fusion en 197 7 de 25 communes. Promenades balisées, réseau de “voies lentes” RAVeL promu par la Région wallonne, permettent d’aborder, à pied ou à vélo, par le chemin des écoliers, des sites naturels protégés.

Ville d’enseignement, Namur compte des établissements de tous les réseaux et de tous les niveaux. Les Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix accueillent quelque 4 000 étudiants. A la pointe de la recherche, elles ont également le souci de s’intégrer dans la ville, tant sur le plan de projets scientijiques que sur le plan culturel.

Les sociétés de services et les entreprises à haute valeur ajoutée trouvent dans le Namurois un terrain favorable. Prenons l’exemple de Plombier Chauffagiste Namur et Night-and-day. Des outils ont été mis en place pour favoriser leur développement et leur ouverture sur le monde. Le Bureau économique de la province et l’association NEW (Namur-Europe-Wallonie) sont deux des éléments moteurs de cette évolution. Le Bureau économique stimule l’implantation et l’essor des entreprises en mettant à leur disposition un ensemble de programmes et d’infrastructures diversifiés et complémentaires. Il agit également en faveur du tourisme, de l’aménagement du territoire, de l’environnement et du logement. Il gère le palais des expositions de Namur, qui accueille de nombreuses manifestations comme, chaque année au mois de novembre, le salon des Antiquaires. L’action internationale de Namur s’appuie essentiellement sur le réseau Sésame créé en 1 992, et dont Namur est une des villes fondatrices. Sésame poursuit un triple objectif : offrir des contacts d’affaires aux entreprises; permettre des échanges d’expériences et d’expertises en matière de gestion de vie urbaine; être un outil de promotion des villes membres sur la scène internationale. Chaque année est organisé un forum des affaires dans l’une des villes membres. Namur entretient également des contacts privilégiés avec des villes comme Québec, sources d’échanges fructueux et de collaborations dans divers domaines comme celui de la culture.

Namur a saisi l’opportunité d’Internet où elle développe, en partenariat avec les Facultés universitaires, le Bureau économique de la province, le CIGER, société de services en informatique, et NEW, un site régulièrement mis à jour et de plus en plus consulté (www.namur.be). La bibliothèque principale a ainsi été la première bibliothèque publique de la Communauté française de Belqique à avoir son catalogue consultable à distance.

Chef-lieu de province, capitale régionale, maillon central d’un réseau international d’échanges, Namur ne s’est pas endormie sur son passé. Résolument tournée vers le progrès, elle entend préserver son patrimoine, tout en développant ses potentialités pour les mettre au service de sa population comme de tous ceux qui viennent la visiter, pour les affaires, l’enseignement ou le tourisme. L’image d’une ville forgée pour organiser la résistance face à l’envahisseur a pu jadis paraître austère, voire rébarbative,avant que le recul de l’histoire et la magie des arts qui en ont rendu compte n’en fassent ressortir les harmonies. Namur est aujourd’hui une ville ouverte sur le monde, soucieuse de dialogue et d’accueil, aimant la fête et les manifestations artistiques de qualité, une ville où chacun peut se sentir chez soi..